Le cas des violences urbaines à Clichy-sous-Bois.

 

 

A- Présentation de la ville de Clichy-sous-bois

 

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Clichy-sous-Bois se trouve en Île de France, dans le département de la Seine-saint-Denis, à l'Est de Paris, à 15km de la capitale. Elle fait partie de la Communauté d'agglomération de Clichy-sous-Bois Montfermeil Cette dernière est constituée aux trois-quarts de cités. Ces zones souffrent manifestement d'un défaut d'intégration social, ce qui est perceptible dans la solitude de ses habitants et dans leur mobilité. C'est une des villes les plus jeunes du département de la Seine-Saint-Denis et l’une des plus jeunes de France. Alors que le village de Clichy-en-Aulnoy atteignait à peine 150 habitants en 1820, Clichy-sous-Bois compte désormais près de 30 000 habitants. À travers les siècles, la ville est passée d’un rendez-vous de chasse à un territoire très urbanisé. Clichy-sous-Bois est aussi une ville verte,dynamique et en pleine mutation.


Evolution démographique de la ville:

 

 

Evolution de la population:

 

 
179318001806182118311836184118461851
161 152 136 137 138 145 156 168 175
185618611866187218761881188618911896
184 227 247 182 205 251 350 452 503
190119061911192119261931193619461954
672 1 071 1 434 2 104 3 467 4 026 4 056 3 573 5 105
19621968197519821990199920062007   
11 606 16 357 22 422 24 654 28 180 28 288 29 412 29 674  
200820092010-       -       -       -        -       -        
29 127 29 962 29 750 - - - - - -

 

 

B- Description de l'événement

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L'histoire commence le Jeudi 27 Octobre 2005, en fin d'après-midi. Une dizaine de Clichois reviennent du stade Marcel-Vincent de Livry-Gargan où ils ont passé l’après-midi à jouer au football. En chemin, ils passent à proximité d’un grand chantier de construction. Un riverain signale par un appel téléphonique une tentative de vol sur une baraque du chantier au commissariat de Livry-Gargan. Celui-ci dépêche un véhicule de la brigade anticriminalité. La police nationale essaye ainsi d’interpeller six jeunes individus d'origines africaines ou nord africaines: quatre dans le parc Vincent Auriol et deux autres dans le cimetière qui jouxte le poste de transformation EDF où se sont réfugiés trois autres fuyards, à savoir Bouna Traoré (15 ans), Zyed Benna (17 ans), et Muhittin Altun (17 ans), qui prennent alors la fuite. Cherchant à se cacher dans un transformateur, Bouna Traoré et Zyed Benna meurent par électrocution dans l'enceinte d'un poste source électrique. Le troisième, Muhittin Altun, est grièvement brûlé, mais parvient à regagner le quartier.

D'après les enregistrements des conversations radio, un gardien de la paix présent sur place, dit trois fois à ses collègues qu'il a vu les jeunes se diriger vers l'installation électrique et lance : « S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau.»

Leur mort a été suivie d'une nuit de violences. Le maire réclame une enquête indépendante, outre celle dont est déjà chargée la police juridique. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à cette époque, a tenu à préciser, reprenant la déclaration de la préfecture de Seine-Saint-Denis, que "la police ne poursuivait pas physiquement" les jeunes qui ont fui vers le transformateur à son arrivée.

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Le parquet n'a pas ouvert immédiatement d'enquête. Cependant, deux gardiens de la paix ont été mis en cause: le policier qui était sur place et qui a fait l'appel radio et la policière stagiaire qui était ce soir-là au standard. Ils se voient reprocher de n'avoir pas tenté de porter assistance aux adolescents en sachant qu'ils étaient entrés au péril de leur vie dans le transformateur.Une procédure judiciaire est en cours à la suite de la plainte déposée par les parents des jeunes. Deux policiers ont été mis en examen en février 2007. Début septembre 2010, la procureure de la République de Bobigny a requis un non-lieu, estimant qu'il n'y avait pas de "charges suffisantes" contre les policiers. Cependant, le 22 octobre 2010, les deux policiers mis en examen ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel. Le 25 octobre 2010, le parquet a fait appel du renvoi des policiers devant le tribunal correctionnel. Selon le parquet, le policier sur place a effectué des vérifications qui lui ont laissé penser que les deux jeunes gens avaient quitté le site dangereux. Les juges d'instruction n'ont pas suivi cette analyse et estiment qu'ils n'ont pas accompli les diligences imposées par leurs fonctions.

 

 

C- Ampleur des faits

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Malgré les paroles du ministre de l'intérieur et celles de la préfecture, la mort de Zyed et Bouna créa un énorme mouvement de révoltes, une vague de violences urbaines chez les jeunes, dans plus de 200 communes en France. Les forces de l'ordre ont mené interpellations sur interpellations. La première journée, celle du 28 Octobre va débutée avec 23 voitures brûlées, juste à Clichy-sous-bois. A partir du 1er Novembre, les révoltes vont s’agrandir en Seine-Saint-Denis, puis, le lendemain, c'est toute la France qui sera touchée. Au total, 9 193 voitures brûlées, 2 921 interpellations, 56 policiers blessés, et 2 morts. Dans cette révolte, l'enjeu premier était d'affronter la police, et d'être reconnu, entendu auprès de la société.

 

 

Bilan des émeutes de 2005

Bilan au matin du …

Véhicules incendiés

Interpellations

Policiers blessés

Morts

Lieux touchés

Journée du 27 octobre2005, 2 adolescents de 15 et 17 ans meurent électrocutés. Début des violences (23 véhicules incendiés).

28 octobre2005

23

-

-

-

Clichy-sous-Bois

29 octobre2005

29

14

-

-

Clichy-sous-Bois

30 octobre2005

20

19

-

-

Clichy-sous-Bois

31 octobre2005

18

-

-

-

Clichy-sous-Bois

1er novembre2005

68

-

-

-

Seine-Saint-Denis

2 novembre2005

228

-

-

-

France

3 novembre2005

315

29

-

1

France

4 novembre2005

519

78

-

-

France

5 novembre2005

897

253

2

-

France

6 novembre2005

1 295

349

-

-

France

7 novembre2005

1 408

395

35

1

France

8 novembre2005

1 173

330

4

-

France

9 novembre2005

617

280

1

-

France

10 novembre2005

482

203

-

-

France

11 novembre2005

463

201

8

-

France

12 novembre2005

502

206

2

-

France

13 novembre2005

374

212

2

-

France

14 novembre2005

284

115

5

-

France

15 novembre2005

215

71

-

-

France

16 novembre2005

165

44

-

-

France

17 novembre2005

98

33

-

-

France

Total

21e nuit

9 193

2 921

56

2

France

Source : déclarations du ministère de l'Intérieur. http://www.interieur.gouv.fr

¹ : Bilan provisoire

 

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, un quart des exactions ont eu lieu en province, soit environ 190 véhicules détruits par les flammes. L'incident le plus grave s'est produit en Seine-Maritime où des inconnus ont incendié, à Cléon, un autobus des Transports de l'agglomération d'Elbeuf. Tous les passagers ont pu sortir sains et saufs du véhicule qui a été totalement détruit.

Le Premier ministre Dominique de Villepin et son gouvernement, notamment constitué de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieures et des libertés locales, les autorités municipales et les responsables des réseaux associatifs ont multiplié les rencontres. Ils débattaient et réfléchissaient sur les moyens à mettre en œuvre pour enrayer la spirale. Les habitants des banlieues touchées se disaient, quant à eux, «exaspérés par cette guérilla», surtout ceux qui ont vu leurs locaux de travail incendiés.

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Aujourd'hui, tous les français n'ont plus qu'un mot à la bouche: l'insécurité. Le nom de l’agglomération de Clichy-Montfermeil reste lié dans l’esprit de la plupart des Français à la plus grande vague d’émeutes qu’ai connue l’histoire contemporaine de notre pays entre la fin octobre et la mi-novembre 2005. Ces émeutes, auxquelles le gouvernement répondit en décrétant l’état d’urgence, donnèrent le sentiment que le modèle d’intégration français ne fonctionnait plus

Rares sont les enquêtés qui souhaitent moins de présence policière. La moitié environ de l’échantillon s’est prononcée pour une présence policière accrue, répartie dans toutes les catégories d’âge, profession et origine. Pour la majorité des personnes interrogées, la qualité de la présence policière doit l’emporter sur sa quantité. Certains regrettent la disparition de la police de proximité comme telle et beaucoup estiment que la visibilité des forces de l’ordre dans le paysage quotidien, leur fonction dissuasive, doivent l’emporter sur les opérations coup de poing maladroites, alors que d’autres estiment qu’elles doivent d’abord se faire respecter pour s’imposer face à la délinquance, aux dealers de drogue pour commencer, et aux pratiques d’incivilité quotidienne.

 Les émeutes de 2005 ont été très médiatisées dans le monde entier. Les média anglo-saxons, connaissant mal la France et la situation de ses banlieues, ont beaucoup exagéré la gravité de la situation. Des fictions sur cette histoire ont même été créées, la chaîne franco-allemande Arte a diffusé le 12 Janvier 2007 une fiction sur la mort des deux jeunes Zyed et Bouna. La fiction se nommait «L'embrasement» et était réalisé par Philippe Triboit. Ce qui montre que cette histoire de violences urbaines a fait beaucoup parler d'elle, et touche un très grand nombre de personnes.

 

 

D- Analyses sociologiques

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Aujourd'hui, il existe de nombreuses raisons et nombreuse sont les analyses sociologiques sur ce sujet-ci.

En effet, la population à Clichy-sous-bois est très jeune, la ville se classe en première position des villes de plus de 20 000 habitants les plus jeunes de France, avec 38,6 % de la population de moins de 20 ans. La ville est constituée aux trois-quarts de cités, et souffrent d'une très faible mixité sociale.

 La genèse des émeutes de 2005 est emblématique du profond divorce entre police et population. Les deux adolescents suspectés d’avoir volé des matériaux de chantiers sont innocents, mais l’incompréhension est telle qu’ils préfèrent risquer leur vie pour se cacher plutôt que de clamer leur innocence. La police et les jeunes vivent dans deux mondes qui ne se comprennent plus.

Afin de comprendre la crise des banlieues en France en novembre 2005, Gérard Mauger, sociologue et directeur adjoint du centre de sociologie européenne s’est intéressé aux permanences et aux changements subis ces dernières décennies. Il observe chez les jeunes des permanences telles que le recours à la violence physique, la recherche de l’affrontement et l’affirmation de la valeur de virilité. Toutefois, des changements considérables modifient les rapports des jeunes : bouleversements qui affectent les conditions de vie des classes populaires, montée en masse du chômage de masse, transformation du système scolaire, dévalorisation du travail manuel, nouvelles formes de ségrégation résidentielle, etc...

 Nombreux sont les jeunes qui cumulent à la fois l'exclusion urbaine, due à leur localisation périphérique, et l'exclusion sociale. Ils disent souvent qu'ils ne sont pas reconnus. Ils veulent la reconnaissance des identités, ils veulent se faire entendre, et le seul moyen qu'ils ont en leur possession est malheureusement la délinquance. Le manque d'intégration sociale est un des points les plus importants, qui est très souvent le point qui amène à une déviance chez les jeunes. Il est vrai, Durkheim, grand sociologue et philosophe français du XIXe et XXe siècle disait que pour lui, une intégration sociale insuffisante libère l'individu de l'influence socialisante de son entourage, ce qui affaiblit sa motivation à fournir l'effort nécessaire pour respecter les normes sociales.

 Le problème de la déviance chez les jeunes est aussi très lié aux problèmes de famille. Souvent, un manque d'éducation de la part des parents, aucunes normes ne sont mises en place au sein du foyer familial, ce qui ne conditionne pas les enfants à respecter les normes à l'extérieur de leur foyer. La déviance existe car les normes sociales se sont affaiblies, si un individu manque d’éducation de la part de ses parent, il ne saura pas se comporter correctement dans un groupe extérieur, il n’aura pas les repères d’usage de bonnes manières et aura des comportements déviants.

La socialisation au sein de l'école est d'autant plus difficile pour eux, ils n'arrivent souvent à bien s'intégrer, et à respecter les règles scolaires. L'école est régulièrement le lieu de reproduction des inégalités sociales. Leur scolarité est d'autant plus touchée, ces jeunes de banlieue font souvent preuve d'échec scolaire. Plus de la moitié des élèves de l’agglomération, au sortir du collège, sont orientés en CAP ou en BEP et ne parviennent à intégrer ni le lycée général, ni le lycée technologique. Les handicaps sociaux et culturels y sont particulièrement lourds et une ségrégation de fait sépare les « collèges pour pauvres » classés en ZEP à Clichy-sous-Bois, des « collèges pour riches » des communes voisines à prédominance pavillonnaire. La situation des élèves en plus grande difficulté ne s’est pas améliorée et la France, en plus d’être le pays de l’OCDE où le retard scolaire à quinze ans est le plus important, est celui où l’impact de l’origine sociale sur les élèves est le plus élevé. 20 % d’une classe d’âge quitte le système scolaire sans diplôme (environ 150 000 personnes par an). Ces décrocheurs risquent d’entrer dans un cycle d'exclusion sociale qui conditionnera leur vie et celle de leurs enfants.

Un plan de la rénovation urbaine est mis en place dans l’agglomération de Clichy-Montfermeil. Il entend restaurer l'estime de soi des habitants en leur assurant des conditions d'habitation plus dignes, premier pas vers une meilleure intégration sociale, et posant les bases du sentiment d'appartenance à la République. Grâce à ce plan de rénovation urbaine, la société souhaite que les relations des habitants de banlieue s’améliorent et qu'un respect des normes à l'extérieur, avec une meilleure intégration sociale se crée. 

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