Une violence de plus en plus présente dans nos sociétés.

 

A- Affaiblissement du contrôle social (déviance)

Pour parler du contrôle social, il faut d'abord le définir.

Contrôle social :  le contrôle social désigne l'ensemble des pratiques sociales, formelles ou informelles, qui tendent à produire et à maintenir la conformité des individus aux normes de leugroupe social. Ses modalités varient d'un type de société à l'autre.Le contrôle social est dit formel lorsque les jugements et les sanctions de conformité sont exercés par des organisations spécialisées (une police, des tribunaux, une administration pénitentiaire, etc.), informel lorsqu'il est appliqué par chacun des membres du groupe (par exemple au sein de la famille. Il concerne de très nombreuses situations de la vie sociale, chaque fois qu’un comportement déviant est repéré et sanctionné par le groupe sans faire intervenir l’appareil légal de police ou de justice. ). Le mécanismes de contrôle informel sont très variables : pressions morales, admonestations, stigmatisations, mécanismes d'exclusion. Le contrôle social a pour fonction d’encourager le respect des règles sociales et de décourager leur transgression qui pourrait conduire à une désorganisation de l’ordre social. Le contrôle social est donc un facteur de cohésion sociale, c’est-à-dire ce qui cimente la société, ce qui permet à ses membres de vivre ensemble et dans le respect des règles implicites, informelles. La société est ainsi faîte et le contrôle social est ainsi important et récurent.

Cependant, les questions d’ordre et de sécurité occupent une place importante dans les préoccupations des Français. Nous vivons une crispation de la société, un affaiblissement du lien social générant de la violence et installant un sentiment de peur. Les Français parlent de plus en plus d'insécurité. Un climat craintif se développe accompagnant une forte demande de sécurité de la part de l’opinion publique. La perception des problèmes de sécurité est une des questions essentielles de la vie urbaine. Ainsi, dans les grandes villes, et plus spécifiquement dans les banlieues périphériques populaires, les représentants de l’autorité politique et les acteurs de la société intégrée sont inquiets devant le développement de phénomènes préoccupants. L’espace de la régulation sociale est en recomposition. Les acteurs de la « socialisation du risque » se multiplient. Plus de moyens de contrôle sont demandés pour la cohésion sociale. La société majoritaire se demande comment elle peut socialiser cette « autre jeunesse » qui est la cible des phénomènes de discriminations, de racisme et de ségrégation et qui vit quotidiennement l’écart entre l’égalité formelle et l’égalité réelle, mettant ainsi à mal la devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Il se développe une inquiétude face aux phénomènes de division des « jeunes des quartiers » qui, rendus désespérés par leur situation sociale et économique, développeraient des comportements violents, voire « sauvages ».

Quand une société change, la manière dont le contrôle social s’y exerce se modifie aussi. L’essor du contrôle social s’appuie sur les nouvelles technologies. Celles-ci sont aujourd’hui utilisées afin de renforcer le contrôle étatique et ainsi la sécurité (vidéosurveillance des espace publics, contrôle biométrique des mobilités, radars automatisés, etc.).

Avec l’urbanisation et la montée de l’individualisme, le contrôle social informel s’affaiblit au profit du contrôle social formel. En effet, avec l’urbanisation, les relations sociales se sont anonymées, il y a moins de relations interpersonnelles et la surveillance mutuelle est moindre. Le contrôle social informel et de proximité a donc décliné au profit des actions policières et judiciaires qui, elles, augmentent. Cependant, le contrôle informel exercé par les groupes primaires n’a pas pour autant disparu, il a perdu de son efficacité. (affaiblissement de la famille)

Le contrôle social peut avoir un effet positif : la dissuasion. Les sanctions clarifient ce qui est normal et déviant, importance de l'automaticité de la sanction et la sévérité de la peine. En revanche, le contrôle social peut aussi avoir un effet négatif : la stigmatisation. En effet, il peut conduire à la stigmatisation des individus et ainsi amplifier le fait qu’ils ne se conforment pas aux normes. La stigmatisation désigne l’ensemble de procédés et d’énoncés revenant à disqualifier des individus ou des catégories d’individus. Elle réduit l’identité sociale d’un individu à une caractéristique dévalorisée (couleur de peau, handicap, religion, sexualité ).

Le contrôle social est donc présent dans nos sociétés que ce soit de manière formelle ou informelle, cependant celui-ci s'affaiblit. Si la plupart des individus tendent à se conformer aux normes, ce n’est pas toujours le cas. En effet, certains individus refusent d’adopter certaines normes: on les nomme alors déviants.

La déviance désigne le comportement qui échappe aux règles admises par la société. La déviance étant la transgression des normes, dés lors que ces dernières évoluent la déviance évolue également.Il importe donc d'emblée de noter que la déviance est relative: à une société, à une époque, voire à un contexte donné, car les normes évoluent sans cesse. Un comportement considéré comme déviant à un moment donné peut ne plus l’être quelques dizaines d’années plus tard. Pour les tenants de la sociologie de la déviance, comme Albert Ogien, la notion de déviance est relative car elle diffère selon les sociétés étudiées et les époques.Toute conduite déviante n'est pas forcément négative. Une déviance s'écartant des normes pour s'élever vers un modèle idéal (valeurs, vertus, ...) constitue, en fait, une "déviance positive". Mais cette notion demeure aussi relative.Howard Becker (sociologue du XXe) note que le caractère déviant dépend de la manière dont les autres vont réagir, plutôt que de l'acte en lui-même. C'est-à-dire que l'acte lui-même n'est pas déviant mais qu'il le devient vis-à-vis du regard d'autrui.

 

Il existe 2 types de déviance :

     -La déviance primaire: elle est primaire dans la mesure où elle est rationalisée en tant que fonction d’un rôle social acceptable. Infractions bénignes et/ou accidentelles aux normes sociales, qui peuvent être le fait de nimporte quel acteur social, et qui ne donnent pas lieu à l'étiquetage. (par exemple ; stationnement interdit, ou non-remise d'un devoir par un élève.)

Pour Peter Woods, la répression exagérée de la déviance primaire conduit à la déviance secondaire, constituée par les réactions du déviant « primaire » à ce qu'il considère comme une sanction non appropriée. Cette dernière peut être le prélude d'une carrière déviante, au sens de Howard Becker.

     -La déviance secondaire: lorsque les actes déviants deviennent répétitifs et visibles et que les nouveaux comportements sont intériorisés par l’individu comme une part de soi. Les anciens rôles sont désorganisés et de nouveaux rôles se construisent. Cette reconstruction conduit à l’intégration du rôle déviant. Des preuves objectives du changement apparaissent (manière de s’habiller, de parler, de penser, …attitudes gestuelles…) renforçant la lisibilité sociale. Le déviant est alors stigmatisé comme tel. L’individu peut alors utiliser son rôle comme moyen de défense, d’attaque ou d’ajustement face aux problèmes que crée la réaction sociale.

Il se classe alors comme marginal dans la société.

 

 

B- Analyses sociologiques de déviance

La sociologie de la déviance a pour objet les comportements déviants, c'est-à-dire transgressant les normes sociales : elle ne se limite pas à l'étude de la délinquance. Il existe trois types d'approches de la déviance :

-la première conçoit la déviance comme le résultat de caractéristiques physiques individuelles ou collectives. Par exemple, au XIXè siècle, César Lombroso donne une explication biologique de la déviance : le crime est congénital, il relève d'une pathologie. Cette conception n'est plus retenue aujourd'hui par les sociologues.

-la deuxième explique la déviance par le déterminisme social. Selon Emile Durkheim, le crime est un fait social normal. La hausse du taux de criminalité, considérée comme pathologique, résulte d'un défaut de régulation source d'anomie et donc de comportements non conformes à la norme. Pour William Isaac Thomas et Florian Znaniecki, auteurs représentatifs de la première Ecole de Chicago, le taux, plus élevé, de délinquance des immigrés polonais, s'explique par la désorganisation sociale due à un environnement urbain dont la densité augmente rapidement et qui ne peut s'accorder avec les anciennes règles de vie en communauté. Dans une perspective fonctionnaliste, Robert King Merton explique la déviance comme le résultat d'une inadéquation entre les buts socialement valorisés par la société et les moyens légitimes de les atteindre. Il distingue quatre types de déviance : l'innovation, le ritualisme, l'évasion et la rébellion ;

-la troisième conçoit la déviance comme le produit des interactions entre les individus : on privilégie dans l'analyse la réaction suscitée par la transgression de la norme plutôt que l'acte de transgression. Les sociologues de la seconde école de Chicago mettent en avant le rôle déterminant des interactions sociales dans la construction de la déviance. Pour Howard Becker, un acte déviant est un acte publiquement qualifié comme tel. La déviance résulte d'une succession d’interaction formant le processus de la carrière déviante au cours de laquelle l'individu fait l'objet d'un étiquetage. « Le déviant est celui auquel cette étiquette a été appliquée avec succès et le comportement déviant est celui auquel la collectivité attache cette étiquette ». Différentes étapes se succèdent avant d'aboutir à une véritable identité déviante.

La déviance peut être analysée comme le produit d'une suite d’interactions sociales qui aboutissent à « étiqueter » certains comportements comme déviants, et en tant que tels, à les sanctionner. La récurrence démontre que ces conduites échappent à la pression sociale, menaçant dès lors le système dans sa globalité. Mais, à leur tour, les conduites déviantes démontrent le caractère changeant des sociétés: les normes étant sujettes à des modifications, certaines conduites déviantes peuvent donc devenir conformistes.

Dans toute société complexe divisée socialement, certaines normes et valeurs différent d'un groupe à l'autre. Ce qui est tenu pour déviant dans l'un est légitimé dans l'autre. Cette opposition de modèles culturels peut être à l'origine de conflits plus ou moins aigus(éducation des enfants, normes sexuelles, attitudes à l'égard de la religion).

Nous nous intéresserons plus particulièrement à la déviance chez les jeunes pour qui nous pouvons observer depuis quelques années une montée des comportements violents.

 

 

C- Facteurs explicatifs d'une montée de la violence juvénile

Durant l'adolescence, les jeunes cherchent ainsi à intégrer un groupe, ils cherchent à se faire une personnalité. Tous les adolescents, quels que soient leurs milieux sociaux, ont besoin d’exister par rapport à leurs proches mais aussi par rapport à la société. C’est le moment de leur vie où ils prennent position par rapport au monde social et politique. Et l’exercice de la violence est une des façons pour eux de s'affirmer.

On constate que la délin­quance juvénile s'est considérablement accrue pendant les derniè­res décennies : le nom­bre de mineurs concernés a plus que septuplé depuis les années cinquante et correspond aujourd'hui à quelques 15 à 30 % de la délinquance générale selon la nature des délits. Et encore, ces données ne concernent que les individus connus des services de police.

Le nombre de mineurs impliqués dans des affaires d'atteintes volontaires à l'intégrité physique a augmenté de 55%, passant de 23.906 en 1996 à 37.042 en 2003. Dans le détail, on assiste à l'explosion des violences dites "gratuites" (+ 84 %), c'est-à-dire non crapuleuses, des violences sexuelles (+ 68 %) et des menaces ou chantages (+ 58 %). Les violences physiques crapuleuses ont augmenté de 11 %. Les chiffres sont difficiles à apprécier surtout que le plus souvent ils renseignent davantage sur l'activité policière que sur une véritable évolution de la délinquance. Cette violence chez les jeunes illustrent assez bien la déviance dite « secondaire » que nous avons défini auparavant.

La violence chez les jeunes peut être générée par plusieurs facteurs, notamment des facteurs individuels, facteurs familiaux, facteurs sociaux, politiques ou culturels. Pour les facteurs individuels, les principaux facteurs liés à la personnalité et au comportement que l’on peut associer à la violence chez les jeunes sont les suivants : l’hyperactivité, l’impulsivité, une maîtrise insuffisante de soi, des problèmes d’attention, des antécédents de comportement agressif, un faible niveau d’éducation. Un certain nombre de facteurs familiaux s’associent à la violence des adolescents: un encadrement insuffisant des enfants par les parents, des châtiments corporels durs pour discipliner les enfants, des conflits entre les parents pendant la petite enfance, un attachement insuffisant entre les parents et les enfants, une mère ayant eu son premier enfant trop jeune, la séparation ou le divorce des parents à un jeune âge, une faible cohésion de la famille, un niveau socio-économique faible. Les fréquentations de camarades délinquants peuvent aussi influencé la violence chez les jeunes. La consommation de drogues. En effet, la toxicomanie entraîne des troubles de la conduite, rendant alors les consommateurs agressifs et violents. De plus, toutes les personnes ayant un lien avec la vente des stupéfiants ont souvent recours à la violence pour protéger leurs trafics. . Enfin, cette violence peut être associée à des facteurs sociaux, politiques, culturels tels que : Les bandes et un approvisionnement local en armes à feu ou en drogues constituent un puissant ferment de la violence chez les jeunes. La faiblesse des liens sociaux dans la communauté s’associe également à une fréquence accrue de la violence des jeunes. L’administration du pays, sa législation et les moyens mis en œuvre pour l’appliquer, ainsi que sa politique sociale, ont un effet important sur la violence. Des facteurs comme l’inégalité des revenus, l’évolution rapide de la démographie dans les populations jeunes et l’urbanisation ont été liés au développement de la violence chez les jeunes. Les cultures qui ne proposent pas de solutions non violentes pour résoudre les conflits semblent connaître une fréquence plus élevée de la violence chez les jeunes. Tous ces facteurs peuvent donc conduire les jeunes à avoir des comportements violents et on peut remarquer que cette violence se manifeste surtout dans les quartiers défavorisés où tous ces facteurs sont renforcés.

 

 


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